Pour aider une jeune collègue à préparer la fête des mères avec ses élèves

Publié le 2 Mai 2011

La fête des mères approche (c'est le dimanche 29 mai cette année, tout au moins en France), voici donc une page de Reiser et un texte de Pierre Desproges pour aider à préparer dignement cet événement.

 

collierdenouillesblog.jpg

 

Un double clic sur l'image l'agrandit.

 

Le texte de Desproges maintenant :

 

D’abord, il y a la fête des mères.
Ensuite, il y a la fête des pères.
Et le fête des enfants ?

Pourquoi ne célébrons-nous pas chaque année la fête des enfants ? C’est la tendre pensée qui me montait au cœur, l’autre soir, tandis que j’ouvrais machinalement le tiroir aux trésors où la mère de mes enfants et moi-même engrangeons jalousement les charmants cadeaux qu’année après année les petits anges confectionnent de leurs petites mains potelées, sous la tendre férule de la maîtresse d’école.
Il y avait là, pèle-mêle, sous mes yeux éblouis d’émotion paternelle, six colliers de nouilles, trois bracelets de haricots, huit vide-poches en pots de yaourt, harmonieusement enrobés de feutrine mauve et jaune, cinq boîtes à bijoux Caprice des Dieux, et trois magnifique pieds de lampe de chez Préfontaines, consignés, certes, mais quand on aime, on ne compte pas.

Pourquoi ne célébrons-nous pas la fête des enfants ?
Pourquoi nous, et pas eux ?
Pourquoi les papas et mamans de France, à leurs tour, ne paieraient-ils pas de leur personne et n’exécuteraient-ils pas, de leur propre mains, quelques présents, modestes et sans prétention bien sûr, mais qui s’avéreraient tellement plus précieux, au cœur de nos chers petits, que ces poupées toutes faites ou ces trains électriques sophistiqués et glacés que notre sécheresse de cœur nous pousse à leur jeter négligemment dans les bras après une baiser furtif ?

Ne saurons-nous donc jamais trouver le temps de nous pencher plus affectueusement sur ces fronts graciles au-dessus de ces grands yeux brûlant aux longs cils vibrants d’un amour incapable de s’épanouir au rythme infernal de nos ambitions carriéristes dont la tyrannie nous condamne à répondre « ta gueule » à l’enfant qui nous dit « maman, je m’ai faite violer » ?
C’est promis.
Je vais vous en donner, moi, mes chéris, des jolis cadeaux fait à la main.
Je vais vous en fabriquer, moi, des Schtroumpfs pas cher, avec deux boulettes de mie de pain et quatre allumettes pour les pattes. Je vais vous structurer des vaisseaux spatiaux en cageot de patates, avec du papier cul pour la combinaison anti-Tchernobyl et une punaise retournée pour le siège éjectable.
Je m’en vais vous en bidouiller, des vélos-cross sans selle, vraiment tapeculs, avec deux couvercles de bidons de dioxine pour les roues et un os de gigot pour le guidon.
Tiens, Je suis pas chien.
En prime, je composerai moi-même le petit compliment, et je vous le lirai moi-même au dessert, avec une révérence à la fin.
Certes, je doute de pouvoir atteindre dans le lyrisme les sommets extatiques où votre mère et moi-même fûmes emportés à l’écoute de la bouleversante déclamation octosyllabique de la dernière fête des mères, dont le texte, délicatement colorié façon gerbe, enveloppe encore le joli cache-pot William-Saurin de la dernière fête des pères.
C’était un fort beau texte. Je ne résiste pas au plaisir de vous en faire profiter. 

La Merveille

Ma vie est un enchantement.
Quand je m’endors, quand je m’éveille,
Ou quand je joue à tout moment,
Une fée douce me surveille.
Elle m’entoure de soins charmants
Cette merveille, c’est ma maman. 

Je me rappelle encore que ma cadette me l’avait lu en aparté la veille du grand jour, pour faire la surprise à sa mère.
Je m’étais alors permis de lui faire une observation : « C’est beau, ma chérie, c’est très beau. Mais vois-tu, ça n’est pas très… très personnel, ce texte. A huit ans, tu devrais être capable d’en écrire un toi-même…
-Mais papa, je suis pas aussi forte que la maîtresse, en polésie.
-En quoi ?
-En polésie. Je suis pas aussi forte que la maîtresse.
-Mais si. C’est pas difficile. Pour faire de la belle polésie, tu prends deux rimes. Par exemple : Maman et Perrine, « an » et « ine » tu colles n’importe quoi devant, et tu as une très jolie polésie. Je sais pas moi, euh…
 Je m’appelle Perrine
J’aime ma maman
Elle est dans la marine
C’est emmerdant.
 -C’est même pas vrai.
-Quoi ?
-c’est même pas vrai qu’elle dans la marine maman.
-Là, tu chipotes. Attends. C’est pas grave. Je te fais une autre version. Pouf, pouf.
 Je m’appelle Perrine
J’aime ma maman
Elle est pas dans la marine
C’est emmerdant.
 -C’est même pas vrai : c’est pas emmerdant qu’elle est pas dans la marine maman.
-Écoute Perrine tu commences à m’emmerder. Les polésies, j’ai pas que ça à faire. J’ai du boulot.
-Ouin ! »
Elle pleurait. J’ai cédé. Il faut savoir céder de temps en temps. Sinon on se laisse bouffer. Pouf, pouf.
Je m’appelle Perrine
J’aime ma maman
Elle est pas dans la marine
En ce moment
« Comme ça, tu comprends, si elle change d’avis, si elle s’engage dans la marine on aura qu’à changer la fin.»

 

 

Reiser a également commis un bar en béton que je ne parviens pas à retrouver, c'est dommage, il vaut son pesant de colliers de nouilles.

Merci à qui me le fera parvenir.

Rédigé par Françoise/pourquoitantdelaine

Publié dans #Ce qui me fait rire

Commenter cet article

Gavilan 07/01/2014 22:34

Un peu tard, le bar en béton :
http://a405.idata.over-blog.com/3/30/64/32/sosies-DSK-Ben-Laden/Reiser-collier-de-nouilles-fete-des-meres-II.jpg

Marie 21/02/2012 10:14

La fête des mère a été inventé par PETAIN en hommage à l'idéologie Nazie ... c'est aujourd'hui un gros matraquage commercial !
Ces andouilles de maitresses ne pensent pas une seconde qu'il y a aussi des enfants sans maman ou sans papa, etc.

cripure 21/02/2012 09:53

Le bar en béton armé est en fait la suite de la BD que vous avez reproduite au début de l'article. Il faut juste aller à la page suivante :)
Bonne journée.

Madame Tralala 05/05/2011 10:37


J'adore Desproges et Reiser : il faut savoir lire entre les lignes. La fête des mères est une invention de Pétain dans la foulée de la démarche nazis : les femmes cantonnées dans le rôle de
bonniche et reproductrice, etc. etc. Maintenant c'est un grosse magouille commerciale ... Les enseignants ne devraient pas oublier que certains enfants n'ont pas de maman ou de papa : ça éviterait
bien des drames ...


CatherineM 04/05/2011 14:39


Ah! Merci, Françoise...
Ca me parle vraiment: j'étais enseignante en expression plastique (dessin et travaux manuels)
J'ai gardé ce dessin de Reiser dans mes papiers et dans ma tête tout au long de ma carrière, histoire de me rappeler la réaction possible des parents de mes petits artistes.
Le collier de nouilles, je ne l'ai jamais fait ni jamais reçu, eh bien, il me manque...Je me suis fait une broche-nouille et je l'ai portée!
Le bar en béton armé, je l'avais. Je vais le rechercher et te le faire parvenir, si je le retrouve.
Merci de me rappeler de bons souvenirs.
A bientôt, ici. Je n'arrive plus à me connecter sur le forum MCI, et quand ça marche, je n'arrive pas à écrire.
J'essaierai de résoudre ce problème plus tard. Pour le moment, je n'ai pas d'énergie: mes hernies discales ont 1 an et n'ont pas l'envie de me laisser tranquille.
Bonne fin de semaine!


laurence 03/05/2011 17:42


j'adore :=)))


Ysabeau 03/05/2011 08:26


Ce texte de Desproches m'a vengée de ces années pendant lesquelles j'ai été obligée d'apprendre les niaiseries même pas poétiques de fête des mères. Même enfant je trouvais ça culcul... Je me suis
toujours demandée quel genre d'esprit il fallait avoir pour pondre ces océans de mièvrerie.


Sylvie BG 02/05/2011 15:56


Merci Françoise pour ce moment de franche rigolade ! Je ne connaissais ni le Collier de Nouilles (du moins, pas celui-là !), ni ce texte de Desproges.
A lire et à relire chaque année ! ;-)


Esther 02/05/2011 13:48


Ahlala, Françoise, ce matin, je tombe en bas de ma chaise !Tordant, cynique et songé... Je comprends maintenant ta réponse sur le forum MCI ! ;-)))